Un réservoir plein, c’est bien. Un petit bidon de carburant correctement choisi et correctement transporté peut donner une marge supplémentaire très intéressante lorsque les stations sont fermées, saturées, trop éloignées ou simplement hors de votre itinéraire.

L’idée n’est pas de transformer la voiture familiale en camion-citerne. Pour beaucoup de véhicules, 10 à 20 litres supplémentaires représentent déjà une vraie différence en cas de trajet long, d’évacuation ou de perturbation majeure. Encore faut-il transporter ce carburant sans créer un risque inutile dans le véhicule.

Pourquoi emporter un peu de carburant supplémentaire ?

Lors d’une crise, le problème n’est pas toujours que le carburant a disparu. Il peut simplement devenir difficile d’accès. Une station peut être fermée faute d’électricité, encombrée par une file d’attente, située de l’autre côté d’une route coupée ou ne plus être approvisionnée temporairement.

Dans ce contexte, un bidon n’est pas une réserve destinée à tenir des semaines. C’est une extension d’autonomie mobile qui permet de rejoindre une autre station, de contourner une zone perturbée ou de poursuivre un trajet sans dépendre immédiatement d’un point de ravitaillement.

10 ou 20 litres changent déjà beaucoup de choses

L’autonomie supplémentaire dépend directement de la consommation du véhicule.

Carburant embarquéÀ 5 L/100 kmÀ 7 L/100 kmÀ 10 L/100 km
10 LEnviron 200 kmEnviron 143 kmEnviron 100 km
20 LEnviron 400 kmEnviron 286 kmEnviron 200 km

Ce sont évidemment des valeurs théoriques. Le relief, la charge, les bouchons, le vent et le style de conduite modifient la consommation. Mais le principe est clair : Un seul bidon de 20 litres peut déjà représenter plusieurs centaines de kilomètres sur un véhicule sobre.

Choisir un vrai bidon à carburant

Le contenant doit être conçu pour le carburant transporté. On oublie la bouteille d’eau, l’ancien bidon de lave-glace ou le récipient récupéré dans le garage dont personne ne sait ce qu’il contenait avant.

Un bon bidon doit notamment être robuste, étanche, résistant au carburant, équipé d’un bouchon fiable et en bon état général. Pour une utilisation régulière, les jerricans métalliques restent très solides. Les modèles plastiques prévus pour les carburants sont plus légers et souvent plus faciles à manipuler.

  • Choisir un récipient prévu pour l’essence ou le gazole.
  • Vérifier l’état du bouchon et du joint.
  • Écarter un bidon fissuré, fortement rouillé ou déformé.
  • Identifier clairement le carburant contenu.
  • Prévoir un bec verseur ou l’entonnoir adapté au véhicule.

Sur les voitures modernes, un entonnoir spécifique peut être nécessaire pour ouvrir correctement le clapet du goulot de remplissage. La notice du véhicule reste la meilleure référence.

Le remplir : Au sol, jamais dans le coffre

Lors du remplissage à la station, sortez le bidon du véhicule et posez-le directement au sol. Ford rappelle que l’écoulement du carburant peut produire de l’électricité statique et qu’une étincelle peut enflammer les vapeurs.

Le constructeur recommande de garder l’embout du pistolet en contact avec le récipient pendant le remplissage et de ne jamais remplir un jerrican lorsqu’il se trouve dans le véhicule ou dans sa zone de chargement.

  • Couper le moteur.
  • Ne pas fumer.
  • Poser le bidon au sol.
  • Maintenir le pistolet en contact avec le récipient.
  • Ne pas utiliser un système pour bloquer artificiellement le pistolet ouvert.
  • Refermer immédiatement et correctement le bidon après remplissage.

Ne pas remplir à ras bord

Le carburant se dilate lorsqu’il chauffe. Un récipient ne doit donc pas être rempli jusqu’au bouchon. Il faut respecter la capacité utile et les instructions du fabricant du bidon.

Un jerrican oublié en plein soleil dans une voiture fermée peut subir une température très supérieure à celle rencontrée au moment du remplissage. Laisser la marge prévue par le fabricant évite de transformer une simple hausse de température en fuite ou en surpression inutile.

Le bidon doit être réellement arrimé

Un bidon de 20 litres pèse plus de 20 kg une fois plein. Lors d’un freinage brutal ou d’un accident, il devient un projectile lourd contenant un liquide inflammable.

Le Code de la route impose que toutes les précautions utiles soient prises afin que le chargement d’un véhicule ne puisse devenir une cause de dommage ou de danger. Dans la pratique : Le bidon ne doit pas pouvoir se coucher, glisser, basculer ou traverser le coffre au premier rond-point.

  • Le maintenir debout si sa conception le prévoit.
  • Utiliser les anneaux d’arrimage du coffre.
  • Employer une sangle adaptée plutôt qu’un tendeur élastique fatigué.
  • Éviter le contact avec des arêtes métalliques pouvant user le bidon.
  • Ne pas poser d’objets lourds ou tranchants dessus.

Dans le coffre plutôt que dans l’habitacle

Lorsque le véhicule dispose d’un coffre séparé de l’habitacle, c’est généralement l’emplacement le plus logique pour une petite réserve correctement arrimée. Dans un break, un monospace ou un SUV, coffre et habitacle communiquent. L’étanchéité du bidon devient alors encore plus importante.

Si une odeur de carburant apparaît dans la voiture, ce n’est pas le moment de se convaincre que « ça doit être normal ». Arrêtez-vous dans un endroit sûr, coupez les sources d’ignition, aérez et contrôlez immédiatement le récipient.

Support extérieur : Intéressant, mais pas n’importe comment

Certains 4x4, véhicules aménagés et porte-bagages utilisent des supports extérieurs dédiés aux jerricans. Cela éloigne les vapeurs de l’habitacle et libère de la place, mais le support doit être conçu pour cet usage et solidement fixé.

Un bidon extérieur ne doit pas masquer les feux, la plaque d’immatriculation ou dépasser dangereusement. Il faut aussi le protéger contre les chocs et éviter de l’installer à proximité immédiate d’un échappement très chaud.

Ravitaillement d’un véhicule à l’aide d’un jerrican

Le jerrican accompagne l’automobile depuis longtemps. Photo : Nationaal Archief, domaine public CC0.

Essence et gazole : Même principe, pas exactement le même risque

L’essence produit facilement des vapeurs inflammables. Elle réclame donc une vigilance particulière concernant l’étanchéité, les sources d’ignition et la ventilation.

Le gazole est moins volatil, mais cela ne transforme pas un jerrican de diesel en bouteille d’eau. Une fuite reste dangereuse, glissante, polluante et peut rendre le chargement inutilisable.

Dans tous les cas, on utilise un récipient adapté au produit et on évite de mélanger les carburants ou de réutiliser un contenant dont l’historique est douteux.

Que dit la réglementation ?

En France, le transport de marchandises dangereuses par route est notamment encadré par l’arrêté TMD, qui reprend les annexes de l’ADR applicables au transport routier.

L’ADR prévoit une exemption pour les particuliers transportant des liquides inflammables pour leur usage personnel : 60 litres maximum par récipient rechargeable et 240 litres maximum par unité de transport, sous réserve notamment de prendre des mesures empêchant les fuites dans les conditions normales de transport.

Une autre disposition de l’ADR, consacrée au carburant destiné à la propulsion du véhicule, mentionne 60 litres maximum dans des récipients portatifs par unité de transport. Ces deux dispositions correspondent à des cas d’exemption différents et sont souvent mélangées dans les résumés trouvés sur Internet.

Pour l’usage qui nous intéresse ici, la question pratique est beaucoup plus simple : Un ou deux bidons de 10 à 20 litres restent très loin de ces gros volumes et couvrent déjà largement le besoin d’une réserve automobile raisonnable. Si vous envisagez davantage, vérifiez le régime juridique correspondant précisément à votre transport.

En période de pénurie ou de crise locale, un arrêté préfectoral peut également limiter temporairement la vente ou le transport de carburant en récipients. Il faut donc vérifier les consignes locales lorsque la situation est exceptionnelle.

Une réserve mobile n’est pas un stock domestique

Cet article concerne uniquement le carburant transporté avec le véhicule pour augmenter son autonomie. Le stockage de plusieurs dizaines ou centaines de litres à domicile pose d’autres questions : Emplacement, ventilation, incendie, durée de conservation, rotation du carburant et réglementation.

Ce sera le sujet d’un article séparé. Mélanger les deux conduit vite à des conseils incohérents.

Le petit kit carburant du véhicule

  • Un bidon de 10 ou 20 litres adapté au carburant.
  • Une sangle d’arrimage sérieuse.
  • Un bec verseur ou l’entonnoir adapté au véhicule.
  • Une paire de gants résistants aux hydrocarbures pour les manipulations accidentellement salissantes.
  • Quelques chiffons absorbants conservés séparément.
  • Un sac robuste permettant d’isoler un matériel souillé après usage.

Les erreurs à éviter

  • Utiliser un bidon alimentaire ou un récipient de récupération.
  • Laisser le bidon libre dans le coffre.
  • Le remplir à ras bord.
  • Le laisser durablement en plein soleil.
  • Le placer contre une source de chaleur.
  • Fumer pendant le remplissage ou le transvasement.
  • Ignorer une odeur de carburant dans le véhicule.
  • Transporter beaucoup plus que nécessaire simplement parce qu’un plafond réglementaire existe.

Ce qu’il faut retenir

Un bidon de carburant supplémentaire est une solution extrêmement simple pour augmenter l’autonomie d’un véhicule. Avec seulement 10 à 20 litres, on peut déjà gagner une marge de déplacement importante sans transformer la voiture en dépôt de carburant roulant.

Le plus important n’est pas d’emporter le maximum. C’est d’avoir la bonne quantité dans le bon récipient, correctement fermé et réellement arrimé. Parce qu’un bidon qui vous donne 250 kilomètres de marge est utile. Le même bidon qui se promène dans le coffre au premier freinage l’est beaucoup moins.

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